Vous me dites, Docteur, que j'ai mauvaise mine
Que la vie menée chaque jour, me ruine
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer
Vous me dites, enfin, que je suis fatiguée
Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont, un beau jour, on s'est fait responsable
Savoir qu'on a des joies et des pleurs dans les mains
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain
Savoir qu'on est l'aidant, savoir qu'on est la source
Aider une existence à continuer sa course
Et pour cela, se battre à s'en user le c½ur
Cette fatigue là, docteur, c'est du bonheur
Ceux qui font de leur vie une belle aventure
Marquent chaque victoire en creux, sur leur figure
Et quand le malheur vient, ils mettent un creux de plus
Parmi tant d'autres creux, ils passent inaperçus
La fatigue, docteur, c'est le prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée de bonheur, c'est le prix d'un exploit
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit
Et vous me proposez daller me reposer !
Si je m'abandonnais à cette douce intrigue
Mais je mourrais, Docteur, tristement, de fatigue !